Interview RCF Lozère

Retranscription écrite de l’interview
Interview du 05/03/2019 RCF dans le cadre de l’émission « rendez vous » Jacques DECHAUX, que je remercie chaleureusement de m’avoir invitée.

Cet entretien a été réalisé pré confinement, il a été retranscrit pour les personnes ne pouvant écouter l’interview audible, cette retranscription a été réalisée quasiment mot pour mot.

Merci de ne pas relever les fautes grammaticales de l’oralité.

Bonne lecture à vous,

Stéphanie BOISSIER.

 

Jacques DECHAUX RCF :

Bonjour soyez les bienvenus dans ce nouveau magazine, dans ce nouveau rendez-vous. Aujourd’hui nous allons parler de travail, nous allons parler de bien-être, de mal-être au travail et d’accompagnement professionnel en compagnie de Mademoiselle Stéphanie BOISSIER,

Bonjour,

Stéphanie BOISSIER :
Merci, bonjour,

JD RCF : Je vais dire aux auditeurs qu’avec Stéphanie on se connait depuis fort longtemps, ne soyez pas surpris si nous nous tutoyons pendant cette émission,

SB : Effectivement

JD RCF : Et l’on va préciser que c’est Jean François CLAVEL qui sera le technicien de notre rencontre.

Stéphanie on va parler de travail, on va parler de bien-être on va parler de mal être au travail et on va parler de vous de votre travail par rapport à tout ça, par le biais d’analyse des pratiques professionnelles, vous pourriez nous expliquer quel est ce domaine ? Et ce que vous faites dans ces pratiques professionnelles ? Est-ce vous venez analyser ? Est-ce que vous venez écouter ? Est-ce que vous êtes le Zorro de tous les problèmes et de résoudre tous les problèmes dans l’entreprise ? Je ne sais pas exactement mais en tout cas il s’agit d’analyse dans un premier temps ?

SB :
Alors effectivement, l’Analyse de Pratiques Professionnelles, on pourrait dire également Amélioration des Pratiques Professionnelles, donc c’est l’APP, qui est souvent utilisé avec ces sigles. Donc l’Analyse de pratiques professionnelles (l’APP) c’est un gros sac où on peut mettre plein de choses dedans. Donc moi celui auquel je suis le plus expérimentée et sur lequel je travaille, effectivement l’idée c’est de pouvoir écouter la demande des personnes, donc je pars de là, donc l’écoute, l’observation. Ensuite proposer un accompagnement, donc là comme vous dites il y a l’analyse, l’analyse de ce que je peux proposer. Ensuite ils acceptent ou non, et je les accompagne après sur leur demande.

JD RCF :
Tout ça correspond à une demande, c’est-à-dire que c’est l’employeur qui vous contacte ? c’est un employé qui n’est pas bien qui vient vous voir ? Et après vous intervenez mais dans un premier temps votre travail va correspondre à une demande.

SB : Effectivement, s’il n’y a pas de demande, je ne peux pas travailler, s’il n’y a pas de question, je ne peux pas travailler.

La demande peut venir directement d’un professionnel soit qui est à son compte, qui vient me voir directement. La demande peut se faire par l’intermédiaire d’un tiers, par exemple un employeur, une institution, qui du coup, elle, a une demande. Elle, l’institution pardon ou lui l’employeur a une demande. Ou bien une association par exemple de professionnels qui ont une demande à offrir à leurs clients ou quand c’est une institution, une demande à offrir à leurs salariés, de là je pars de leurs propres demandes à eux, ensuite je vais la proposer aux personnes concernées pour savoir si c’est quelque chose qui leur convient parce que je travaille sur la base du volontariat. Les personnes que j’accompagne ne sont pas obligées d’être accompagnées, voilà, par exemple si c’est une demande institutionnelle. Et j’ai encore un troisième cas, de personnes qui viennent me voir directement, qui sont salariées qui veulent être accompagnées sur une question qu’ils / elles ont autour du travail.

JD RCF : Là vous êtes à ce moment-là en accompagnement personnalisé ? La personne vient vous voir…

SB : Pleinement, donc c’est soit sur de l’individuel, soit sur du collectif, l’individuel effectivement c’est très personnalisé bien entendu, il y a différents types d’accompagnements, peut être que l’on détaillera après ?

JD RCF : Oui

SB : Sur le collectif, je vais personnaliser au mieux au groupe face auquel je suis, mais il y a quand même cette dynamique du groupe qui doit se faire. Chaque groupe est individuel, j’ai envie de dire, chaque groupe est différent, je m’adapte en fait à ce qu’ils sont, ce qu’ils apportent et comment le groupe vit les séances on va dire.

JD RCF : Quand est ce qu’on vous contacte ? Est-ce que l’on vous contacte uniquement lorsqu’il y a des problèmes ? Ou bien est-ce que l’on vous contacte en vous disant « écoutez chez nous, tout se passe bien mais on voudrait peut-être réorienter certaines choses, on voudrait modifier certaines choses, venez donner votre avis, venez nous écouter et puis ensemble après on va essayer de trouver des grandes orientations ». Parce que vous n’êtes pas là pour résoudre les problèmes, vous êtes là pour analyser, pour comprendre et pour conseiller. Mais on vous fait…, on vous contacte uniquement quand les choses vont mal ? Ou est-ce que on vous contacte parce que ça va bien mais on voudrait changer certains paramètres ?

SB : Alors j’espère qu’un jour on pourra me contacter pour cela (rire), j’y crois, je crois vraiment au fait que des employeurs puissent venir me contacter pour me dire « voilà ça se passe bien, on travaille bien », après bien entendu qu’est-ce que cela veut travailler « bien », on a chacun nos propres critères. Mais effectivement on peut venir interroger ce qui est positif et puis par exemple ce matin, je discutais avec une de mes collègues qui me dit, cela m’intéresserait que tu puisses m’accompagner parce que j’ai du tri à faire dans mes idées. Donc, en gros, tout va bien mais elle m’exprimait qu’elle a besoin de réorganiser ses idées, de faire un point.

Donc là c’est effectivement un type d’accompagnement. Ce n’est pas de l’APP pure comme on en parle depuis tout à l’heure mais c’est un type d’accompagnement que je peux faire pour justement :

La question de cette personne c’est : « j’ai besoin de faire du tri dans mes idées », ou bien cela peut être comme par rapport à votre exemple, « nous désirons nous réorienter, nous désirons créer des outils d’organisation » par exemple. Donc là c’est comment je les accompagne pour créer les outils.

Pour juste revenir dans ce que vous disiez, effectivement je conseille mais je ne suis pas dans le « donner conseil », c’est-à-dire que je n’ai pas…, je ne sais pas mieux que les Autres, c’est plutôt j’accompagne les personnes avec elles, sur leur question et en fait je les accompagne sur leurs réponses, je les accompagne à répondre elle-même à leur question.

JD RCF : Vous direz que c’est un cheminement avec deux directions si j’ose dire ? un cheminement de la personne et puis vous aussi vous allez cheminer avec elle ?

SB : C’est çà

JD RCF : Vous dite je n’ai pas la solution, je reprends mon expression de tout à l’heure « je ne suis pas le Zorro de l’entreprise

SB : vous aimez bien le mot Zorro je crois (rire)

JD RCF : (rire) Ce sont des souvenirs d’enfance …Et donc vous allez cheminer aux cotés de cette personne, il y a tout un travail qui va se faire à deux ?

SB : C’est ça, c’est à deux ou avec le groupe, le collectif même si il y a des temps individuels alors qui sont de façon plutôt informels, c’est-à-dire que l’on peut être dans un groupe et accompagner des personnes en individuel dans le sens où on peut faire des, je n’ai pas envie de dire des remarques, mais des suggestions individuelles pour telle ou telle personne en fonction des expériences qu’elle peut m’amener ou bien des questionnements qu’elle peut m’amener, mais je chemine tout autant qu’elle dans cet accompagnement.

JD RCF : Alors un accompagnement individuel est quelque chose d’assez facile, facile entre guillemets, parce que c’est beaucoup plus compliqué que le mot facile. Mais un cheminement avec un groupe de personnes c’est beaucoup plus compliqué parce que au sein de ce groupe de personnes, les demandes sont différentes, les cheminements sont différents, les maturités sont différentes, les objectifs, les ambitions sont différentes aussi, cela demande une analyse profonde en tenant compte de toutes ces différences finalement ?

SB : C’est vrai, c’est vrai qu’est là toute ma posture de travail, tout mon cheminement personnel parce que du coup comme vous, vous avez préparé cette émission en amont, et bien, moi toutes les séances en collectif et même aussi en individuel, mais toutes les séances en collectif je les prépare en amont et effectivement j’ai une trame où je travaille sur mes objectifs, moi, quelle est ma finalité ? Et puis, alors quand je connais déjà le groupe avec qui j’ai déjà réalisé des séances, je reprends ce qui a été fait en amont sur les séances antérieures, pour voir ce que nous avions prévu à la séance d’après, voilà, et puis également comment je dois ajuster mon travail, ma posture de travail et j’ai envie de dire que chaque séance est différente et que les groupes me mettent vraiment au travail. Ce que je fais en analyse de pratiques professionnelles, je le pratique pour moi-même, vraiment.

JD RCF : Vous parliez à l’instant d’une trame, on va faire le parallèle avec la radio,

SB : Oui

JD RDF : Je vous reçois aujourd’hui donc j’ai préparé cette émission et j’ai préparé des questions, cet après-midi je reçois des collégiens, c’est pareil, je suis allé les rencontrer dans leur collège, on a préparé la trame ensemble mais dans le déroulé, on ne respecte jamais la trame à 100% et puis tant mieux parce qu’on va évoluer

SB : Oui

JD RCF : C’est pareil pour l’entreprise, vous avez une trame mais ce sont des points de repères, ce ne sont pas des, comment dirais-je des lignes obligatoires par lesquelles vous allez passer ? Vous allez vous adapter, vous allez évoluer,

SB : C’est çà

JD RCF : Le groupe chemine, vous cheminez

SB : C’est ça, alors j’ai une trame aussi parce que avec l’employeur, si on parle de groupe et si c’est un accompagnement avec une institution, ou une entreprise, j’ai aussi des objectifs que nous avons posés ensemble, en tout cas que moi j’ai posé dans la convention que j’ai signé avec eux, par exemple. Donc j’ai quand même une finalité de « pourquoi je suis là », donc si à la fin des séances ou au cours des séances, il y a une question, autre, qui vient se poser, c’est aussi à moi de pouvoir proposer aux salariés avec qui je suis, de pouvoir s’orienter vers leurs supérieurs pour aller chercher les réponses, mais pas avec moi du coup. Ce que je veux dire, c’est que je suis quand même là dans une ligne directive pour les accompagner quelque part avec ce qu’ils sont. Donc je suis d’accord avec vous c’est-à-dire que je vais d’adapter à eux.

JD RCF : Tout à fait

SB : M’adapter à leurs questionnements mais tout en les amenant vers où, quelque part, sur le pourquoi je suis là. Voilà, donc en lien avec l’Analyse de Pratiques.

C’est surtout les amener, parce que vraiment, moi mon objectif par rapport à l’entreprise que j’ai créé il y a un ans et demi, c’est l’émancipation de l’Autre. C’est-à-dire que la personne n’ait pas besoin de moi après. Qu’elle puisse être, devenir « JE » « J » « E », soi-même, acteur de son travail, acteur de son regard, acteur de son observation.

C’est vraiment les amener à découvrir des outils d’observation afin de pouvoir après aller analyser leurs situations professionnelles, et puis après peut être modifier ou améliorer leurs pratiques afin de travailler différemment dans le futur, voilà.

JD RCF : C’est assez compliqué, en fait c’est fait de choses vraiment qu’il faut analyser parce que chacun veut être « JE », c’est-à-dire je veux être MOI, mais au sein d’une équipe, je ne peux être que moi qu’en prenant compte aussi de l’existence des autres et de leurs ambitions, si j’ai des ambitions, les autres ont des ambitions, le groupe a des ambitions et l’entreprise a des ambitions aussi.

SB : Bien sûr

JD RCF : Donc c’est assez compliqué à analyser, c’est une analyse très fine qu’il faut faire ?

SB : Alors, bien sûr, mais, ce qu’il faut comprendre c’est qu’effectivement, je ne pense que l’on soit tous dans le je « J.E ».

JD RCF : C’est indispensable, non ?

SB : Oui, c’est indispensable, mais j’amène et je propose de pouvoir faire prendre conscience de cela, de devenir SOI justement.

Ce n’est pas je « JE » qui pourrait être pensé comme égoïste, c’est plutôt devenir SOI, s’autoriser à devenir SOI dans le travail, s’autoriser à créer des choses, à oser dire les choses, à oser penser. C’est vraiment, alors comme je viens du métier d’infirmière, donc c’est penser P.E.N.S.E.R., mais ça pourrait être çà aussi

JD RCF : Oui

SB : Oser panser P.A.N.S.E.R. donc panser les plaies, aussi devenir créateur d’outils, créateur du travail, de son travail et oser le faire.

Regarder, parce que l’analyse de pratiques j’ai envie de dire, c’est d’abord se regarder soi pour pouvoir aller vers l’Autre, comme la Communication, c’est d’abord j’apprends à communiquer avec moi-même ou j’apprends à me regarder moi pour pouvoir rentrer en communication avec l’Autre pour pouvoir l’appréhender, pour pouvoir l’apprécier, pour pouvoir, je ne sais pas si je me répète mais le regarder, voilà. Il y a beaucoup de chose.

Alors je me permets parce je fais un parallèle aussi avec mon autre posture de travail qui est ce que je propose, le coaching par Médiation Singulière et c’est vrai que…

JD RCF : Précisez-nous

SB : Alors la Médiation Singulière, je suis allée me former au Cnam Entreprises sur Paris, qui est proposé par Madame Anne Marie BOIX qui est référente de cette formation et initialement c’est Dominique LECOQ qui avait créé çà. L’idée c’est que mon matériau à moi c’est le langage

JD RCF : La parole ?

SB : La parole oui

JD RCF : La parole et puis sa symbolique et puis son échange aussi.

Parler seul dans une entreprise çà n’a pas d’intérêt. Je peux très bien si je suis employé parler seul toute la journée

SB : (rire), c’est sûr

JD RCF : mais s’il n’y a pas d’échange, si je ne peux pas composer avec les gens qui sont autour de moi, ça n’a pas d’intérêt…

SB : oui,

JD RCF : Donc c’est un échange continuel, c’est un jeu d’équilibre entre mes ambitions et ce que le groupe me demande, c’est un jeu d’équilibre ?

SB : Je ne te suis pas, excuse-moi, reprends un petit peu pardon

JD RCF : J’ai des ambitions dans l’entreprise, donc je veux parler, je veux le dire mais ce que je vais pouvoir faire, j’ai les meilleures volontés du monde pour organiser et faire des choses, mais je suis tenu de faire ces choses en fonction du groupe

SB : Alors il y a aussi des tâches…

JD RDF : Je ne peux pas faire tout seul, même si je dois oser…

SB : Alors je suis d’accord avec toi mais là il y a plusieurs choses

JD RDF : on reprend tout ça, c’est un peu compliqué, on reprend.

SB : car j’étais partie sur la Médiation Singulière, donc il y a différentes choses

JD RDF : on va y revenir

SB : ok pas de souci, l’idée c’est que le salarié a aussi une tâche, a aussi une fiche de poste

JD RDF : Oui

SB : Je suis d’accord avec toi, c’est-à-dire qu’il y a des choses qui lui incombent lui sur ses tâches et sur sa fiche de poste, bien sûr, mais après, nous sommes tous dans une entreprise interdépendante des autres et c’est pleinement ce que tu exprimes.

JD RDF : Oui c’est ce que je voulais dire

SB : Donc l’entreprise a besoin de tous ses salariés, de toute la chaine de travail pour fonctionner, et c’est de là aussi, c’est comprendre quelle mon importance dans l’entreprise ? Quelles sont mes compétences ? Qu’est-ce que je fais dans l’entreprise ? Comment je peux, moi reconnaitre, ma valeur au travail ? Et si je reconnais ma valeur au travail, l’Autre ne pourra faire que cela, ne pourra être que… Attend je vais refaire ma phrase dans le bon sens. Ne pourra n’être que reconnaissant de mon travail…

JD RDF : oui tout à fait, bien sûr… Et donc à partir de là va se créer tout un échange, entre mes ambitions entre ce que je souhaite au niveau du travail et le groupe, il va y avoir un échange et c’est ce qui va permettre d’évoluer

SB : Oui, c’est l’idéal, effectivement c’est l’idéal

JD RCF : Ce n’est pas toujours comme ça ?

SB : Ben non, Ce n’est pas toujours comme çà mais ça peut être comme çà effectivement.

Mais j’ai envie de dire et si tu veux bien je vais faire un parallèle avec la Médiation Singulière,

JD RCF : Tout à fait oui

SB : Et c’est vrai que la Médiation Singulière c’est aussi de voir à quel moment je suis responsable dans ce que j’ai à faire, responsable dans le sens où je suis acteur moi-même. Et la Médiation Singulière c’est permettre à l’autre de pouvoir poser les mots, « M.O.T.S. » sur son questionnement et c’est plutôt une posture d’Ecoute, de pouvoir prélever des mots qui sont exprimés par la personne et savoir ce qu’elle en dit, c’est ça. Donc ce n’est pas le même accompagnement du tout que l’Analyse de Pratiques Professionnelles, déjà c’est en individuel, la Médiation Singulière alors que l’Analyse de Pratiques je le fais en individuel et en collectif et le temps n’est pas le même, voilà.

JD RCF : on fait une petite pause ?

SB : Avec plaisir,

JD RDF : Tu as souhaité écouter DEBUSSY, le grand DEBUSSY, Clair de Lune et en particulier sur une interprétation de Martin JONES.

DEBUSSY, Pourquoi DEBUSSY ?

SB : Alors je n’ai pas de connaissance…

JD RDF : C’est le coup de cœur ?

SB : Oui voilà, on ne va pas dire que je suis experte, mais j’aime beaucoup le piano, c’est un instrument qui me fait partir dans des plaisirs émotionnels et en particulier cette musique du début jusqu’à la fin parce qu’elle représente beaucoup de choses, c’est… je lis l’Amour à travers cette musique.

JD RDF : C’est une musique pleine d’émotion ?

SB : Enormément

JD RDF : On part pour l’émotion ?

SB : Avec grand plaisir, merci.

JD RDF : DEBUSSY Clair de Lune

JD RDF : Stéphanie, beau moment d’émotion cette musique ? C’est une musique tout en délicatesse, pleine de couleur aussi ?

SB : Pleine de couleur oui, je l’écouterai de nouveau en pensant aux couleurs je te dirai, pleine d’émotion oui

JD RDF : Les émotions c’est important ?

SB : Effectivement, et je travaille beaucoup aussi là-dessus, car c’est quelque chose en fait sur lequel je n’étais pas attentive avant et aujourd’hui j’ose parler des émotions, j’ose proposer justement aux personnes que j’accompagne d’y réfléchir et d’observer une situation justement avec les émotions.

JD RDF : Des émotions il y en a beaucoup d’en certains domaines, c’est le domaine de l’accompagnement des personnes porteuses de handicap, porteuses de maladies, vous intervenez là aussi au niveau des aidants, des accompagnants ?

SB : Oui, alors, ce qui se passe, c’est que dans mon ancienne vie j’étais infirmière, je le suis toujours mais je n’exerce plus. C’est vrai que j’ai été questionnée, ou en tout cas la question du soin à domicile, car j’ai été infirmière libérale pendant plusieurs années, m’a toujours questionnée, m’a toujours intéressée, de pouvoir accompagner les personnes qui travaillent à domicile qui sont peu ou pas formées aux métiers médico sociaux et qui accompagnent des personnes porteuses de handicap, atteintes de maladie et / ou des personnes âgées, sur le domicile.

JD RDF : Alors là cet accompagnement peut partir sur une bonne volonté, et c’est très bien, mais néanmoins à un moment il faut faire un peu le point aussi, et voir un peu où l’on en est ou comment on se situe par rapport à la maladie, par rapport au handicap et ce que veut dire aussi aider, jusqu’où, comment, il faut réfléchir sur le mot aider.

SB : Alors tu veux parler des personnes qui travaillent avec ces personnes-là ?

JD RDF : oui exactement

SB : C’est aussi toute la question de qu’est-ce que je laisse ? Qui je suis ? Déjà. C’est une question un peu philosophique, mais c’est intéressant de mettre de la philosophie aussi dans notre travail

JD RDF : Tout à fait, mais bien sûr

SB : Qui je suis quand je viens travailler à domicile ? Déjà, qu’est-ce que j’y amène ? Et aussi quel est mon regard sur le handicap que je vois, la maladie, çà peut être aussi la mort ou la fin de vie, comment ça me touche ? Et puis ce que je trouve intéressant, c’est justement oser se poser les questions et en fait ça permet d’être au clair avec soi et de vivre en pleine conscience ce que je vis au travail en fait.

Et pour le coup j’étends un peu cet accompagnement aussi à tous les professionnels qui travaillent sur le domicile. Cà peut être aussi très bien un artisan qui travaille au domicile de quelqu’un et qui voit le handicap, qui voit la maladie, qui voit… C’est vrai qu’il y a beaucoup de personnes qui sont accompagnées en fin de vie à leur domicile, qui voit la vieillesse. La vieillesse avec sa solitude, qui pose beaucoup de questions, cette vieillesse pose beaucoup de questions en institution, je le sais avec le retour que j’ai des personnes que j’accompagnent en institution, des professionnelles, mais également aussi à domicile. C’est vrai, de pouvoir accompagner les professionnels sur leurs questionnements est important je pense.

JD RDF : Parce que lorsque les aidants ou les professionnels interviennent auprès des personnes porteuses de handicap, porteuses de maladies, et çà doit être encore plus vrai au niveau de la fin de vie, on se projette, ces personnes se projettent aussi, donc là on retrouve ce que nous disions tout à l’heure, les émotions,

SB : Effectivement,

JD RDF : Mais les émotions envahissent mais il faut faire aussi tout un équilibre entre ce que je vis et ce que vit la personne qui est en face de moi aussi.

SB : Effectivement alors, je m’excuse il y a plusieurs choses, là tu parles d’aidants familiaux. Moi initialement je n’accompagne pas d’aidants familiaux, voilà, parce que, il y a peut-être… alors je peux accompagner des aidants familiaux, d’ailleurs j’aide, j’accompagne une association qui s’appelle l’UNAFAM, j’accompagne les aidants familiaux de personnes qui sont atteintes de troubles psychiques. Mais c’est vrai que moi je ne suis pas psychologue, donc c’est sur mes compétences d’infirmière et de ce que j’ai vécu en tant que professionnelle et d’expérience, et aujourd’hui de ma posture que j’ai d’accompagnement. Mais effectivement les aidants familiaux ont parfois besoin d’un accompagnement de psychologue clinicien et d’où aussi peut être ma possibilité d’orienter ou de permettre, admettons des professionnels que je peux accompagner à domicile, de ne pas se sentir les sauveurs entre guillemets des aidants familiaux et de se permettre aussi de comprendre que elles ne sont pas thérapeutes aussi, pour orienter les aidants familiaux ou bien même les personnes qu’elles accompagnent vers des professionnels vraiment diplômés là-dedans, donc effectivement les psychologues cliniciens.

JD RDF : Qui fait la demande de ces formations ou qui vient vous voir ?

SB : Pour les personnes qui travaillent sur le domicile ?

JD RDF : oui tout à fait oui

SB : c’est un peu comme l’Analyse de Pratiques dont on parlait tout à l’heure

JD RDF : un peu le même schéma, mais différend ?

SB : un peu le même schéma, la démarche est la même, mais il y a aussi des personnes qui peuvent travailler en individuel comme avec le CESU, le Chèque Emploi Service Universel qui peuvent par exemple se regrouper entre professionnels et puis venir me voir et venir travailler sur… çà peut être aussi des groupes de parole, pour ce type de population je peux faire des groupes de parole. Voilà.

Ensuite c’est vrai que la démarche est la même en fait,

JD RDF : La démarche est la même…

SB : Par exemple çà peut être, pardon je t’ai coupé…

JD RDF : je t’en prie…

SB : Des responsables d’association d’aides à domicile, des personnes en direct qui veulent venir parler de leur travail, de leurs questions.

Moi initialement en fait, juste pour t’exprimer j’ai créé cette entreprise sur la Lozère parce que j’ai eu besoin à un moment donné de pouvoir poser ou de parler de mon travail dans lequel j’étais en questionnement, donc mon travail d’infirmière. Et je n’ai pas trouvé de professionnel, qui pouvait, qui était spécialisé là-dedans à part le jour où j’ai fait un bilan de compétence avec un psychologue du travail, Philippe CHENOT qui est sur Marvejols. Et c’est vraiment la première fois où j’avais pu rencontrer un professionnel avec qui je pouvais vraiment échanger sur le travail. Parce que d’être accompagné comme je te parlais tout à l’heure avec un psychologue clinicien, c’est un accompagnement, mais personnel, quand on vient parler du travail, effectivement il y a du personnel qui en ressort mais la question du travail, elle est vraiment particulière. Et c’est pour ça que j’ai voulu créer cette entreprise et proposer aux lozériens ce genre d’accompagnement.

JD RDF : Stéphanie, on arrive au terme de notre rencontre

SB : (rire) çà va vite oui

JD RDF : Il y aurait sans doute, et même certainement encore beaucoup de points à discuter, je pense que l’on sera amené à se revoir et refaire d’autres émissions autour de tout ce domaine-là,

SB : avec grand plaisir

JD RDF : Simplement pour les personnes qui voudraient en savoir plus, qui voudraient te contacter, tu as un site internet, une plateforme téléphonique avec écoute ?

SB : Alors il y a plusieurs choses, je m’excuse je n’ai pas apporté le numéro de téléphone, ça aurait été intéressant,

JD RDF : mais on peut te joindre par internet

SB : oui mais je vais si vous le voulez bien déjà mes coordonnées, mon site internet c’est le nom de ma société, c’est boissieraccpro.fr . Le site est tout jeune. Vous trouverez des informations et des liens aussi avec une association qui s’appelle Soins aux Professionnels en Santé, Asso SPS que vous pouvez trouver sur internet. Là c’est une association dédiée pour les professionnels en santé en souffrance justement avec numéro gratuit disponible H24.

JD RDF : on est là dans la souffrance

SB : On est là dans la souffrance, voilà et c’est important de transmettre cette information si vous connaissez ou si vous êtes vous-même en souffrance au travail et en tant que professionnel en santé. Et surtout de ne pas hésiter à contacter et au bout du fil vous avez des professionnels spécialisés qui sont psychologues du travail et spécialisés en psychopathologie du travail.

Sinon moi mes coordonnées, c’est le… je donne mon téléphone ?

JD RDF : Oui oui bien sûr

SB : c’est le 06.64.47.46.58 et j’ai aussi une adresse mail c’est contact@boissieraccpro.fr

Pour en revenir à cette association Asso SPS, je suis également une des référente sur la Lozère justement pour accompagner des professionnels en santé en souffrance en fonction de la problématique, voilà.

JD RDF : donc il faut qu’on se revoie ? il y a encore pleins de choses à dire ?

SB : effectivement,

Est-ce que je peux faire une publicité pour un stage que je fais bientôt ?

C’est un stage qui s’intitule « Mieux se connaître pour s’affirmer dans son travail » que je fais avec une collègue qui s’appelle Nathalie BLETTERIE, qui est sur Florac. Nous associons nos deux pratiques, donc moi-même autour du langage et mes compétences comme j’ai pu un peu l’exprimer et avec différents outils que j’aborde et elle avec la Médiation par le Cheval. Donc elle a site qui s’appelle « IMALA » et il y a un lien sur mon internet également, c’est 08,09 et 10 Mai à Florac.

JD RDF : On se reverra bientôt ?

SB : Avec grand plaisir, merci

JD RDF : Merci Stéphanie merci à jean François CLAVEL qui était le technicien de notre rencontre, quant à nous on se retrouve bientôt pour de nouveaux magazines, de nouvelles informations, restez plus que jamais fidèles à RCF et puis à très bientôt,

Au revoir.